Créer de l'ordre à partir du chaos et supplanter Bieber dans les tendances

Ces articles mettent en vedette des employés de Services publics et Approvisionnement Canada qui ont participé aux premiers efforts d'urgence visant à procurer de l'équipement de protection individuelle aux travailleurs de la santé du Canada, alors que la pandémie de COVID-19 commençait à sévir dans tout le pays au début du mois de mars 2020. Ces récits jettent un regard sur des expériences individuelles différentes, mais ils sont liés par trois thèmes communs : le dévouement, le professionnalisme et la compassion.

Pour d’autres histoires comme celle-ci, lisez les histoires d’Amanda Assi et Jonathan Hamel.

Alain Dorion travaille à Services publics et Approvisionnement Canada depuis 26 ans. Il y agit présentement comme directeur général du secteur responsable de la réponse à la pandémie. Au cours des derniers mois, ses journées de travail ont changé radicalement. Il dirige une équipe qui a dû collaborer d'une manière sans précédent et dans des délais très courts pour s’acquitter de la tâche d’importer de l'équipement de protection individuelle (EPI) au Canada. Voici son histoire.

Le défi qui a été confié à Alain Dorion le 11 mars 2020 était redoutable à tout point de vue.

Les cas de COVID-19 étant en hausse au Canada, et les travailleurs de la santé de première ligne ayant besoin de grandes quantités d'équipement de protection individuelle pour lutter contre la pandémie, la patronne d'Alain, la sous-ministre adjointe Arianne Reza, l'a convoqué à son bureau pour discuter avec lui.

Alain raconte la discussion. « Elle me dit : "Je dois mettre en œuvre une nouvelle stratégie d'approvisionnement, et je veux t'en confier la direction". Je lui demande quand nous devons commencer. Elle me répond : "Maintenant". »

« Voilà! Les choses s'annonçaient rapides et mouvementées. »

Une nouvelle équipe d'approvisionnement composée d’une trentaine de personnes, travaillant toutes chez elles aux quatre coins du pays, a alors été mise sur pied rapidement. D'intenses discussions ont eu lieu avec l'Agence de santé publique du Canada, en l'occurrence le client, pour évaluer ses besoins immédiats. Une stratégie a également été formulée avec les partenaires des autres ministères.

Les responsables des politiques à Services publics et Approvisionnement Canada ont dû rapidement mettre en place des mécanismes d'achat pour permettre l'importation de l'EPI dans les plus brefs délais.

Le Bureau des petites et moyennes entreprises du Ministère a publié, sur le site Achatsetventes.gc.ca, un avis demandant aux fournisseurs d'aider le Canada à obtenir rapidement la quantité importante de masques, d'écrans faciaux, de gants médicaux, de blouses, de désinfectant pour les mains, d'écouvillons pour la gorge et le nez et des autres fournitures dont il avait besoin.

Une étoile est née

Un homme parle au téléphone et sourit assis dans un fauteuil.
Alain Dorion, directeur général du secteur responsable de la réponse à la pandémie.

Cet avis, dans lequel figuraient le nom, le titre et le numéro de téléphone d'Alain, a attiré l'attention sur les médias sociaux étrangers, ce qui a donné à son équipe d'achat un rare moment de détente pendant les semaines très tendues du printemps et du début de l'été. C’est ainsi qu’un fonctionnaire canadien est devenu soudainement plus tendance que l’une des plus grandes pop stars. « C'est vrai », affirme Alain en riant. « J'étais plus populaire que Justin Bieber. C'était très drôle. » C'est probablement encore plus drôle aujourd'hui que ce l'était sur le coup.

Alain, ainsi que le directeur Martin Montreuil, dont le nom figurait aussi sur l'avis, ont découvert toutefois que la célébrité avait ses inconvénients. « Le téléphone sonnait à toute heure de la nuit », affirme Alain. « C'était constant. Les longues journées de travail ont commencé dès le premier jour. »

Alain a dû non seulement collaborer avec les partenaires des autres directions générales et ministères (il les appelle l'« Équipe Canada »), mais aussi mettre sur pied sa propre équipe de collaborateurs compétents.

« Nous avons dû constituer rapidement une équipe dédiée dont tous les efforts convergeaient vers un même objectif », dit-il. « J'étais chargé de communiquer cet objectif à toute l'équipe et de m'assurer que tous en saisissaient bien l'urgence. De plus, tout le monde faisait du télétravail, ce qui changeait la dynamique », ajoute-t-il. « Nous avons donc dû établir différentes méthodes pour gérer le flux du travail. »

« En gros, notre défi consistait à mettre de l'ordre dans le chaos du marché de l'EPI », explique Alain. « Même si tous les pays se disputaient les mêmes produits comme si c'était le "far west", nous devions établir des processus pour nous assurer que nous étions transparents et faisions une bonne utilisation des fonds publics. »

Quand Alain n'était pas au téléphone, il participait à des réunions. Il y avait les réunions quotidiennes avec son équipe, qui devait rendre compte en détail de l'avancement des contrats, les réunions quotidiennes avec la haute direction du Ministère, ainsi que les rencontres régulières avec la ministre et son personnel.

Alain a été particulièrement impressionné par la façon dont tous les ministères ont collaboré ensemble vers un but commun ou, comme il l'explique, la façon dont « chacun participait, par sa contribution, à la mise en place de toutes les pièces du puzzle ».

L’équipe

L'équipe d'Alain apprécie, chez lui, son style de communication direct, notamment ses appels réguliers pour vérifier que ses collègues vont bien, pour offrir des mots d'encouragement et pour obtenir des nouvelles sur l'avancement des achats.

Alain, quant à lui, n'a que des éloges à l'endroit de son équipe. « Ils ont fait un travail formidable », affirme-t-il. « Ils n'ont ménagé aucun effort pour améliorer les choses pour la population canadienne. Nous avons travaillé fort, mais nous l'avons fait en nous amusant. L'humour prenait une place importante durant les réunions d'équipe que nous avions quotidiennement. »

Durant l'été, les membres de l'équipe qui se trouvaient à Ottawa-Gatineau se sont rencontrés pour une première fois en personne, dûment éloignés les uns des autres, à l’occasion d'un dîner sur une terrasse. Ce fut une révélation : « Il y en avait quelques-uns que je n'avais jamais rencontrés en personne », dit-il. « Mais vu tout ce que nous avons vécu ensemble, nous nous parlions comme si nous nous connaissions depuis des années. »

« C'est une chance unique que nous avons tous eue », conclut-il. « Comme fonctionnaires, nous avons le mandat de servir la population canadienne, et c’est ce que nous faisons. Nous avons le sentiment de sauver des vies. C'est ce qui nous motive tous! »

Date de modification :