L'interprétation simultanée : la magie des mots

La langue est l'essence même d'une culture, d'un peuple. Toutefois, la diversité des langues peut compliquer les échanges. Entre alors en scène un magicien qui permet de rendre la communication plus accessible et fluide : l'interprète.

Ce rôle a été des plus importants lors du voyage du pape François au Canada en juillet dernier. Sans le travail rigoureux et acharné de dizaines d'interprètes, les 2 grandes messes, les prières ainsi que les allocutions, récitées en espagnol, n'auraient pu être comprises par la majorité de la population canadienne, notamment par les Autochtones qui étaient directement interpellés par cette visite.

Outre l'aspect protocolaire et les détails logistiques qu'une telle visite exige, il a fallu que le Bureau de la traduction de Services publics et Approvisionnement Canada recrute des interprètes pour offrir un service de traduction simultanée. Grâce à son expertise et à son réseau, il a su être à la hauteur en offrant des services d'interprétation en 12 langues autochtones ainsi qu'en espagnol, en langue des signes québécoise (LSQ) et américaine (LSA), en français et en anglais.

Tous ces interprètes n'ont évidemment pas suivi le pape François dans ses moindres déplacements. Une grande partie de l'équipe d'interprètes était regroupée dans un studio à Ottawa, d'où les grandes messes ainsi que les allocutions du Saint-Père ont été interprétées et diffusées.

Écrire l'histoire et redonner vie à sa langue

Une personne portant des écouteurs est assise devant un micro et une console.

En tant qu'interprète mohawk, Hilda Nicholas était heureuse de participer à cet événement historique. Le mohawk est sa langue maternelle et sa famille a toujours parlé cette langue à la maison. « J'ai grandi en parlant cette langue, quand j'ai commencé à aller à l'école, je ne parlais pas anglais. »

Par ailleurs, elle espère que cette visite aidera les survivants des pensionnats à guérir et à aller de l'avant. Comme beaucoup d'Autochtones, Mme Nicholas a des membres de sa famille qui ont fréquenté les pensionnats.

« Pour certaines personnes, c'est important de faire un pas en avant. Je sais qu'il faut du temps, beaucoup de temps pour guérir. J'espère que les changements continueront », indique la directrice du centre linguistique et culturel de Kanehsatà:ke, sa communauté.

Pour sa part, Simona Arnatsiaq est elle-même une survivante des pensionnats du Nunavut. Pour pouvoir devenir interprète, elle a dû réapprendre sa langue, perdue lorsqu'elle était au pensionnat. Elle a interprété en inuktitut pendant cet événement extraordinaire.

Selon elle, un bon interprète doit être rapide et bien informé, mais surtout ne pas porter de jugement. « Vous ne faites que communiquer ce que quelqu'un dit, donc il est très important d'être neutre, de se détacher virtuellement et de répéter exactement ce qui est dit », souligne-t-elle.

L'inuktitut est très vivant au Canada et de nombreux étudiants obtiennent leur diplôme universitaire en traduction. Toutefois, le défi demeure d'acquérir l'expérience en interprétation simultanée.

Une personne portant des écouteurs est assise devant un micro, une console et un écran et prend des notes.

Des langues aux mille images

Un personne portant des écouteurs est assis devant un micro et une console.

De son côté, Raoul Vollant a appris la langue innue, celle de la forêt, dans sa tendre enfance. « Je l'ai apprise sur le territoire ancestral de mes parents dans la forêt, la nature. J'avais 3, 4, 5 ans. On chassait, mangeait, dormait en innu. » Malgré son entrée dans un pensionnat vers l'âge de 7 ans, il ne l'a jamais perdue. « Je parlais en cachette pour conserver ma langue », confie-t-il.

Ce survivant des pensionnats se dit honoré qu'on ait fait appel à son expertise pour interpréter du français vers l'innu. « Ce fut toute une expérience. » Néanmoins, le projet lui a demandé une préparation de plusieurs semaines. « Je me suis imprégné pour être prêt », allant de la lecture des discours du pape à la participation à la messe du dimanche.

M. Vollant précise que la plupart des langues autochtones comportent toutes une forme de dualité. « Il y a l'innu de la forêt et l'innu de la ville. Quand tu es dans les bois, tout change, c'est mystique », explique-t-il.

Le plus grand défi est de traduire des mots qui n'existent pas dans sa langue maternelle. « La traduction simultanée n'est jamais parfaite. On ne peut pas tout saisir. On rend le contexte, le caractère, la signification. Ça demande beaucoup de concentration. C'est au traducteur de trouver une image qui signifie les mots. C'est comme de la magie. »

L'amour et la fierté de la langue étaient au rendez-vous pour tous les interprètes, qu'ils parlent le mohawk, l'inuktitut, l'innu ou autre. Tous avaient un seul but : offrir à la population canadienne l'accessibilité de la communication.

Grâce à l'appui du Bureau de la traduction ainsi qu'à son engagement dans la revitalisation et la promotion des langues autochtones au Canada, les interprètes autochtones ont pu participer à cet événement historique et a permis de rendre accessible le message du pape François aux survivants des pensionnats, aux membres de leur famille et à leurs communautés.

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