Interprétation de l'allocution du président Zelenskyy : un travail de haute voltige

Il y a des premières qu'on célèbre en grande pompe, et d'autres, dont on ne peut se réjouir tellement les circonstances sont tragiques. C'est un peu le cas de l'allocution du président ukrainien Volodymyr Zelenskyy prononcée devant les parlementaires canadiens en mars dernier.

Petr Pogrebennyk, avec écouteurs, vu de côté assis dans un cubicule en verre regardant un écran d'ordinateur.
Petr Pogrebennyk, pigiste, a interprété de l'ukrainien vers l'anglais et de l'anglais vers l'ukrainien.

Il s'agissait de la première allocution conjointe virtuelle prononcée par un chef d'État étranger à la Chambre des communes à avoir lieu dans la salle temporaire de l'édifice de l'Ouest.

L'interprétation de cette allocution très en vue représentait donc un défi unique pour l'équipe du Bureau de la traduction de Services publics et Approvisionnement Canada, qui a disposé de moins d'une semaine pour s'y préparer. Tout un sprint pour les 5 interprètes et 2 coordonnateurs affectés à l'événement.

« Nous nous sommes efforcés de réunir le plus rapidement possible le plus d'information que nous pouvions pour aider les interprètes à se préparer », a souligné l'un des deux coordonnateurs, Joseph Song Chi, interprète principal au Bureau de la traduction. Par exemple, les terminologues du Bureau de la traduction ont préparé un glossaire des termes susceptibles d'être utilisés, et les interprètes ont consulté les récents discours du président Zelenskyy devant les parlements du Royaume-Uni et de l'Union européenne ainsi que le Conseil de l'Europe pour se familiariser avec sa manière de s'exprimer et les notions abordées. »

Relever des défis de taille

Cet événement présentait certainement d'autres défis particuliers. Les interprètes avaient la lourde tâche de rendre fidèlement les propos du président Zelenskyy, alors qu'ils n'étaient pas certains de pouvoir bien l'entendre : le président allait s'adresser au Parlement par vidéoconférence, et pis encore, il allait le faire depuis une zone de guerre. Sans parler du fait que les interprètes devaient travailler en « relais », un premier interprète traduisant d'abord de l'ukrainien à l'anglais, puis une seconde interprète de l'anglais au français.

Vasili Kosenko, avec écouteurs, vu de côté assis dans un cubicule en verre tenant des documents en papier.
Vasili Kosenko, pigiste, a interprété de l'anglais vers l'ukrainien.
Marie-Ève Racette, avec écouteurs, assise de dos dans un cubicule en verre devant des écrans d'ordinateur.
Marie-Ève Racette, du Bureau de la traduction, a interprété de l'anglais vers le français.
Anton-Emmanuel Demarchi, avec écouteurs, vu de face assis dans un cubicule en verre devant plusieurs écrans d'ordinateur.
Anton-Emmanuel Demarchi, du Bureau de la traduction, a interprété du français vers l'anglais.

Devant l'absence de marge d'erreur, tout le monde a été mis à contribution, des services multimédias du Parlement aux greffiers des deux chambres en passant par les responsables du protocole. « Comme vous l'avez peut-être entendu vous-mêmes, le son du président n'était pas extraordinaire, mais malgré cela nos interprètes ont très bien réussi à transmettre son message à la population canadienne », a expliqué Joseph Song Chi.

Gérer la charge émotive

Aimée Lavoie, avec écouteurs, assise de dos dans un cubicule en verre devant des écrans d'ordinateur avec un écriteau indiquant « français ».
Aimée Lavoie, du Bureau de la traduction.

En plus de la concentration habituelle qu'exige leur travail, les interprètes ont dû faire preuve de beaucoup de sang-froid afin de pouvoir effectuer leur travail sans se laisser submerger par les émotions.

Selon Aimée Lavoie, qui a interprété de l'anglais au français, l'émotion était palpable dans la pièce où étaient réunis les interprètes et leurs collaborateurs. « Tout le monde avait les larmes aux yeux à l'intérieur et à l'extérieur des cabines d'interprétation ce jour-là. »

L'interprétation est un travail très exigeant qui relève de l'équilibrisme : les interprètes doivent allier professionnalisme, maîtrise de soi et empathie. Un défi qu'ils ont encore une fois relevé avec brio.

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