D’un message WhatsApp à un contrat avec le gouvernement du Canada

Lorsque la COVID-19 a forcé la fermeture d’entreprises partout au Canada, la société Toronto Stamp, fondée il y a 113 ans, était sur le point de connaître une fin triste et abrupte.

Un homme sourit pour l’appareil photo.

Jimmy Williams, directeur général de Toronto Stamp.

« Du jour au lendemain, le téléphone a cessé de sonner », déclare Jimmy Williams, directeur général de l’entreprise. «Nous mettions en place des mesures pour assurer la sécurité de nos employés tout en pensant que nous pourrions avoir à fermer nos portes pour toujours. Notre avenir ne semblait pas rose. »

Puis est arrivé un message WhatsApp qui a tout changé.

Il provenait du docteur James Mather, médecin torontois et ami de longue date de M. Williams.

Ce n’était pas un hasard. Les deux hommes sont des amis proches depuis la neuvième année et ont joué ensemble au hockey, au rugby et à la crosse.

Le Dr Mather était soucieux de ne pas avoir l’équipement nécessaire pour protéger ses patients et se protéger lui-même contre le virus et il a demandé à M. Williams s’il pouvait lui fabriquer un écran de protection faciale.

Une telle fabrication n’allait pas de soi pour Toronto Stamp, qui compte seulement 15 employés et qui se spécialise en production d’articles d’identification comme des porte-nom et des timbres en caoutchouc. À l’époque, bien avant que la famille Williams prenne les rênes de l’entreprise, Toronto Stamp produisait les premières plaques d’immatriculation de l’Ontario.

L’idée improbable du Dr Mather a réveillé l’esprit d’entreprise de M. Williams et a donné le coup d’envoi d’un projet remarquable auquel ont pris part plus d’une dizaine de petites entreprises de Toronto. Les propriétaires ont accepté d’unir les forces respectives de leurs entreprises afin de produire quatre millions d’écrans faciaux en deux mois pour l’effort d’achat d’équipement de protection individuelle (EPI) du gouvernement fédéral.

Gros plan d’un outil de découpe automatisé qui crée le début d’un écran facial. Le contour d’un bouclier est coupé dans la matière plastique.

Les outils du commerce de lutte contre la COVID-19 à Toronto Stamp.

M. Williams et son frère Richard, directeur des opérations de la société, ont commencé par un modèle d’une source ouverte sur Internet. Après avoir apporté de nombreuses modifications au modèle et fait des ajustements majeurs aux machines existantes, ils ont produit cinq prototypes.

Le Dr Mather en a choisi un parmi les cinq.

M. Williams a contacté Santé Canada pour leur demander s’ils seraient intéressés, ce qui était le cas. M. Williams et son équipe ont produit une réplique du modèle choisi par le Dr Mather et l’ont envoyée pour approbation. Santé Canada a donné le feu vert moins d’une semaine plus tard.

Le contrat conclu avec SPAC pour les écrans faciaux a rapidement suivi, et un avenir s’est soudainement dessiné pour Toronto Stamp.

Puis est venue la difficulté suivante : celle de trouver des partenaires pour aider à effectuer le travail afin que les écrans faciaux puissent être produits et livrés à temps.

M. Williams s’est mis à appeler des contacts qui ont appelé d’autres contacts, et en quelques semaines, une coopérative de sous-traitants s’était ralliée à la cause. Ils se sont donné le nom de Unitum Consortium (consortium uni en latin).

« Beaucoup ont pris des risques pour sauver leur entreprise, affirme M. Williams, et beaucoup d’autres ont modifié leurs infrastructures et leurs façons de faire. Nous avons dû créer une chaîne d’approvisionnement à partir de rien. Mais la décision du gouvernement d’investir dans les entreprises canadiennes signifiait que nous n’avions pas à continuer de chercher une solution pour sauver nos entreprises. Nous pouvions chercher à être la solution. »

Ce projet est né « d’une passion et d’un sentiment de confiance », ajoute-t-il.

« C’est vraiment incroyable de voir tout le monde se mobiliser et travailler sans relâche pour concrétiser ce projet, dit-il. Il y a tant de personnes qui n’ont ménagé aucun effort, y compris des employés du gouvernement qui font de très longues heures ». (D’après M. Williams, ses propres journées de travail depuis le début du projet vont régulièrement de 7 h à minuit.)

Un homme portant un masque et tenant dans les mains un carnet et un stylo est debout et discute avec un autre homme portant également un masque. En arrière-plan se trouve un entrepôt avec de nombreuses boîtes.

Jimmy Williams (à droite) qui fait le point sur l’EPI.

Une fois les fondations en place, la prochaine étape pour Toronto Stamp est de se bâtir un avenir durable à long terme en tant que fournisseur d’EPI.

« Notre mission est de devenir le fabricant à intégration verticale et de distribuer nos produits ici au pays et à l’étranger, de dire M. Williams. Nos activités continueront de porter principalement sur les visières, mais nous nous procurerons des machines qui seront suffisamment polyvalentes pour fabriquer d’autres produits. »

Il faudra au moins huit mois pour mettre en place ces machines.

Et qu’en est-il du groupe actuel de partenaires?

« Ces relations ne prendront pas fin une fois le contrat terminé, affirme-t-il. Nous avons traversé tant de choses et accompli tant de choses ensemble, en si peu de temps. Nous avons tissé des relations d’affaires et des amitiés. »

Peu après la signature du contrat avec le gouvernement fédéral en avril, le premier ministre Justin Trudeau a mentionné Toronto Stamp dans l’un de ces points de presse quotidiens.

Ce fut un grand moment d’émotion pour tous les partenaires.

« Même s’il a seulement mentionné Toronto Stamp, se souvient M. Williams, cela a eu des répercussions sur tous. Tous les membres de l’équipe se sont sentis incroyablement fiers. »

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